Récemment, la presse a annoncé l’arrivée imminente des premiers vaccins anti-SARS-Co-V2 basés sur des technologies inédites.

L’introduction de ces nouvelles approches à grande échelle et dans l’urgence est à l’origine de nombreuses interrogations sur le rapport bénéfice/risque de la vaccination. Cet article est destiné à faire le point sur les données disponibles concernant les méthodologies utilisées, leurs avantages et inconvénients.

Parmi la centaine de vaccins en développement, jusqu’à présent, seule une poignée a démontré une efficacité suffisante. C’est grâce à l’utilisation de nouvelles méthodes (vaccins basés sur les acides nucléiques, vaccins vivants recombinants) que les premiers candidats ont été développés en un temps record (moins d’une année). Évidemment, ce gain de temps est contrebalancé par un manque de recul concernant leurs effets secondaires potentiels.

Dans le passé, la plupart des vaccins étaient basés soit sur des pathogènes vivants atténués (par ex. rougeole), soit sur des pathogènes tués ou inactivés (par ex. poliomyélite), des parties isolées de pathogènes (par ex. coqueluche, pneumocoque) ou des antigènes recombinants (hépatite B, Human Papilloma Virus). Ces approches demandent toutes un temps de développement plus long et les vaccins basés sur ces méthodes connues seront probablement disponibles beaucoup plus tard. C’est en raison de problèmes inhérents à ces techniques que Sanofi/GSK vient d’annoncer récemment un retard de 12 mois dans le développement de leur candidat.

Depuis une dizaine d’années, les chercheurs travaillent sur des vaccins ARN messagers (ARNm) et des vaccins à virus recombinants dans le but de pouvoir répondre rapidementaux épidémies et pandémies. Jusqu’à présent, seul un vaccin contre le virus Ebola, basé sur un virus recombinant, a été approuvé chez l’homme.

Etant donné l’urgence de la situation sanitaire mondiale engendrée par la pandémie actuelle, plusieurs firmes pharmaceutiques ont misé sur ces nouvelles technologies. Les trois leaders occidentaux dont l’efficacité contre les formes graves de la maladie a été prouvée sont les vaccins de Pfizer/BioNTech (1), de Moderna et d’AstraZeneca/Oxford University (2).

Efficacité contre les formes graves de la COVID-19:

Pfizer/BioNTech

Placebo Vaccin
Total 21’500 21’500
Forme bénigne 152 8
Forme grave 9 1

Moderna

Placebo Vaccin
Total 15’000 15’000
Forme bénigne 155 11
Forme grave 30 0

AstraZeneca

Placebo Vaccin
Total 5’818 5’818
Forme bénigne 76 39
Forme grave 16 0

Copie du Prof. M. Goldman « Le système immunitaire face au virus SARS-Co.V2 ». Webinaire 10.12.2020

La technologie de Pfizer/BioNTech et de Moderna est basée sur l’ARNm

Les vaccins ARNm sont constitués d’un morceau de matériel génétique du virus qui est fabriqué en laboratoire. Cet ARNm code pour une partie du virus. Quand le fragment est injecté, le corps est capable de traduire la séquence de cet ARN en une protéine virale (en l’occurrence, la protéine Spike). Cette protéine stimule alors la réponse immune contre le virus.

Les avantages de cette méthode sont multiples. Premièrement, l’antigène est vu par le corps dans son état natif (dans la bonne conformation) et induit une réponse immunitaire appropriée, même chez les plus âgés. Ce qui n’est pas toujours le cas avec les techniques classiques (par exemple les vaccins contre la grippe). Deuxièmement, des fragments d’ARNm isolés de la structure virale complète sont incapables d’induire la maladie, contrairement aux vaccins à virus atténués (vaccin oral contre la poliomyélite). Enfin, la fabrication de ce type de vaccins est rapide car elle évite les étapes de production d’énormes quantités de virus ou des processus compliqués de production de protéines virales utilisés dans les techniques classiques.

Cette méthode présente aussi des désavantages. L’ARNm est extrêmement fragile et nécessite un stockage à très basse température (-70°C). Pour éviter sa dégradation après l’injection et favoriser sa pénétration dans les cellules, l’ARNm doit être entouré par une enveloppe de lipides, formant ainsi des nanoparticules lipidiques (LNPs) (3). Ces particules jouent un rôle critique au niveau de l’efficacité du vaccin mais actuellement, leur mode d’action reste flou. Finalement, avec le vaccin de Pfizer, un taux suffisant d’anticorps neutralisants n’est reporté qu’après deux doses injectées à trois semaines d’intervalle (4).

Dans l’étude clinique menée par Pfizer, 21’500 volontaires sains ont reçu le vaccin et sont suivis depuis trois mois seulement, contrairement aux développements habituels où le suivi se prolonge jusqu’à une année après la vaccination. Jusqu’à présent, les effets secondaires constatés dans l’étude clinique sont sans gravité (douleur au site d’injection, fatigue, fièvre, courbatures). Pour rappel, l’étude s’est effectuée sur des volontaires sains et a exclu notamment les allergiques, les femmes enceintes et les enfants. L’innocuité de la vaccination chez ces personnes n’est par conséquent pas connue. Depuis le début de la campagne de vaccination qui a débuté en Angleterre début décembre, deux personnes souffrant d’allergies graves ont développé des réactions anaphylactoïdes. Plus récemment, en Alaska, un cas de réponse anaphylactoïde est apparu chez un patient sans terrain allergique. L’origine de cette réaction n’a pas encore été identifiée mais le rôle du polyéthylène glycol dans le vaccin est à considérer5. Ce genre de réaction impose que la vaccination soit effectuée dans un cadre médical adéquat.

Les détails relatifs aux études cliniques concernant le vaccin de Moderna ne seront pas publiés avant début 2021.

Une inquiétude souvent soulevée par les médias et la population en général concerne le fait que les vaccins basés sur l’ARNm puissent modifier le génome (6),(7). Il faudrait d’abord que l’ARNm soit transformé en ADN par un enzyme spécifique, la transcriptase inverse, que l’être humain ne produit pas. Même chez les personnes infectées par un rétrovirus (par ex. HIV) produisant cet enzyme, la quantité nécessaire pour transformer l’ARN viral en ADN (condition sine qua non pour son insertion dans le génome) est beaucoup trop faible. De plus, même si de l’ADN était produit, il lui manquerait des séquences spécifiques (« Flanking sequences ») nécessaires à son intégration dans le génome humain. Pour rappel, la cellule produit en continu des ARNm nécessaires à son bon fonctionnement sans qu’ils soient intégrés à l’ADN génomique.

La technologie d’AstraZeneca se base sur les virus recombinants

Ce type de vaccins utilise des virus capables d’infecter des cellules humaines mais sans causer la maladie. Ces virus ont été modifiés pour exprimer une seule partie du pathogène d’intérêt. Dans le cas d’AstraZeneca, le virus de base (le vecteur) est un adenovirus de chimpanzé non répliquant (ChAd). D’autres candidats, notamment le vaccin russe Spoutnik 5 et le vaccin chinois de CanSino Biologicals/Beijing Institute of Biotech, utilisent l’adénovirus 5 (Ad5). Etant donné que l’Ad5 circule chez l’homme, il existe des populations déjà immunisées contre ce vecteur chez qui ce type de vaccins risque de présenter une efficacité moindre. Le ChAd a l’avantage de ne pas circuler chez l’homme.

Le mécanisme d’action de ces vaccins est simple. Les adénovirus infectent les cellules au site d’injection et expriment le fragment de coronavirus (en l’occurrence, la protéine Spike) contre lequel le corps va monter une réponse immune. Comme pour l’ARNm, cette partie est exprimée de manière native et induit une réponse immune appropriée principalement cellulaire mais aussi humorale. Les avantages des vecteurs viraux sont nombreux. Le vaccin induit déjà
une réponse humorale contre la protéine Spike 28 jours après la première dose, même chez les plus de 70 ans (8).

La production de ces virus est très facile et peu chère. Ces vaccins sont relativement stables, ce qui permet de mieux gérer la chaine du froid. Cette technologie a déjà été utilisée dans plusieurs études cliniques pour le développement de vaccins contre l’HIV, la malaria et la tuberculose. Les effets secondaires sont donc mieux connus. Ce qui présente un avantage majeur. Par contre, comme dans le cas des vaccins ARNm, l’étude clinique a été réalisée sur un groupe défini de volontaires sains, excluant notamment les personnes allergiques, les femmes enceintes et les enfants. Un suivi rigoureux de la population vaccinée sur plusieurs mois reste donc indispensable.

Pour satisfaire à la demande mondiale, toutes les méthodologies ayant prouvé leur innocuité et leur efficacité pourront être développées et utilisées, y compris les plus classiques. Pour atteindre ce but, l’industrie, le monde académique, les gouvernements et le monde philanthropique devront collaborer de manière stratégique.

Texte proposé par Dr Mireille Baptist PhD
Consultante scientifique Laboratoire MGD

Ressources

Je veux me faire dépister

Que vous ayez des symptômes ou simplement besoin d’un certificat médical pour votre prochain voyage, nous pouvons prendre en charge votre demande.

TROUVER UN CENTRE DE PRELEVEMENT